Pipiche

Le jour où je me suis tapé la honte de ma vie

C’était jeudi passé.

Il était 21 heures et je sortais du boulot. (Oui je sais, c’est tard, surtout pour moi).

J’avais 8 minutes montre en main pour remonter la ville et sauter dans mon train.

Je tenais contre moi un grand sachet en papier qui contenait des lampes, et, si je le tenais de la sorte, c’est que, bien entendu, ses poignées avaient cédé. (Ces détails ne servent en rien le récit qui va suivre, mais ils m’aident à planter le décor et, éventuellement, à tergiverser).

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Caro m’envoya un SMS « Je sors du resto, rejoins-moi ».

Soulagée à l’idée de rentrer en voiture et de ne pas devoir piquer un sprint encombrée de mes lampes, je la rejoignis. Je ralentis le pas, allai à sa rencontre, et c’est en discutant avec passion de chaussures à talons que nous remontions la rue de Fer.

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« Des Manolo Blahnik, ma puce »

Une fois n’est pas coutume, il y avait du monde en ville.

Le Fiff battant son plein, un immense attroupement de cinéphiles se tenait là, en une longue file disciplinée et patiente. Deux autocars arrivèrent et jetèrent leurs occupants sur le trottoir. Les gens traversaient la rue, obligeant les voitures à s’arrêter, provoquant une file de voitures. En bref, c’était le bordel.

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« Namur-city, un jeudi soir »

Ma sœur s’indigna du regard visiblement trop appuyé des conducteurs et des passants : « Putain, mais qu’est-ce qu’ils ont tous à te regarder comme ça, ces mecs ? Ils veulent des jumelles ou quoi ?!  » « Bon… qu’est-ce que je disais, moi ? »

« Les paires de chaussures… » « Ah, oui, j’ai pris les deux paires, finalement »

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« Je paie avec ma carte Gold »

Là, je me stoppai net et émit un cri d’horreur.

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« Ben ça va, je fais encore ce que je veux, jusqu’à preuve du contraire », répondit-elle à ma réaction trop vive.

« Non, ce n’est pas à cause de ça du tout. Regarde » Et là je baissai la tête pour lui montrer ce que je venais instamment de découvrir.

Ma robe était remontée le long de mes bas et se trouvait calée dans mon manteau.

En fait, je me promenais cul nu dans la rue depuis un temps inconnu, mais suffisant tout de même pour que la foule en délire l’ait remarqué.

J’ai cru que les yeux de ma sœur allaient sortir de leurs orbites. Nous restâmes figées sur le trottoir quelques secondes, digérant l’information.

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Dès qu’elle eut retrouvé l’usage de la parole, elle marmonna : « Mais… depuis ? … ».

Aussitôt je compris qu’elle se méprenait. Elle croyait que j’avais oublié de mettre ma jupe dès le matin et que je m’étais promenée les fesses à l’air toute la journée.

Je mis aussitôt fin à ses croyances en replaçant ma robe sur mes bas.

Je pensai intérieurement, comme pour me protéger du choc psychologique « Que celle à qui cela n’est jamais arrivé me jette la première pierre ». Ce que Caro démentit immédiatement en déclarant d’un ton sans appel « Il n’y a quand-même qu’à toi que ça arrive, ce genre de trucs »

Et elle partit dans un long fou rire de hyène hystérique.

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