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Premier mars

Ce matin, je versais un chouïa supplémentaire de lait sur mes céréales déjà ramollies (j’imagine que vous connaissez cette situation : il reste un peu trop de lait dans le fond du bol, donc on ajoute une petite poignée de céréales pour être « raccord », mais quand on a quasiment terminé, on réalise qu’il manque un soupçon de lait, alors on en verse une larme, rien qu’une larme, mais il s’avère que c’est tout de même un peu trop donc on remet une poignée de céréales. C’est d’ailleurs de cette savante alchimie que vient la notion de  » petit déjeuner équilibré »).

Mais je m’éloigne du sujet.

Ce que je voulais vous dire, c’est que, tout en m’appliquant à maintenir l’équilibre de mon premier repas, j’ai jeté un regard absent vers mon calendrier. Celui avec des images de caniches. Il indiquait que nous étions le premier mars.

Waw, me suis-je dit. Nous sommes le premier mars. D’habitude, le premier mars :

  • Je file au Brico parce que toutes mes affaires ne sont pas encore mises en caisses et que l’équipe des hommes musclés (je n’en connais pas tant que ça, du calme les filles) débarque dans un quart d’heure
  • j’essaye de convaincre Père que c’est la dernière fois qu’il doit transporter ma machine à laver au troisième étage sans ascenseur
  • Certains de mes amis sont frappés d’une grippe foudroyante qui les cloue au lit
  • J’essaye d’expliquer calmement à Mère que le four n’a pas encore été nettoyé cette année et que ce serait vachement cool si elle pouvait s’en charger
  • je ferme la porte du lave-vaisselle dans lequel stagne un fond d’eau qui croupit là depuis plusieurs semaines en croisant les doigts pour que les propriétaires ne l’ouvrent pas lors de l’état des lieux
  • je pose dans un sachet en plastique les petites pièces des meubles qui se démontent et je les scotche sur les planches (C’est que je suis aguerrie, rompue à ce genre d’exercice)
  • Je secoue mes caisses afin de savoir s’il faut écrire « fragile » dessus.

Mais cette année, le premier mars 2016, je suis en train de terminer tranquillement mon bol de céréales en savourant cet état de fait : on est un premier mars et je ne déménage pas.

Une chose aussi étrange mérite d’être soulignée. A croire que je m’installe dans la vie.

Il se pourrait bien que je me pose, voyez-vous. Que je devienne une femme sédentaire.

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Hiver 1 – Nathaliochka 0

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Hier, j’étais fière.
Parce que je pensais avoir fait la nique à Monsieur Hiver.

D’abord, j’ai évité les embouteillages qui immobilisaient la ville grâce à des entourloupes que seul un grand cerveau peut élaborer.

Arrivée à la piscine, j’ai eu l’impression d’être la seule survivante de la guerre des flocons qui se livrait dehors. J’ai savouré le fait que j’étais seule dans l’eau turquoise en prenant beaucoup de place avec mes bras.
Ensuite, j’ai laissé ma voiture sur le parking pour pouvoir rentrer avec Caro (Il faut savoir qu’on habite dans une rue dans laquelle Heidi-petite-fille-des-montagnes aurait pu faire ses premiers pas). Axelle a dit : « C’est vrai que c’est plus prudent, parce que tu conduis mal ».

Quand la voiture de ma soeur a entamé la côte sans la moindre glissade, je jubilais presque. « Monsieur Hiver je te nique ta race, parce qu’à part les chaussettes un peu mouillées, je n’aurai ressenti aucun de tes désagréments », pensai-je victorieuse.

En sortant de la voiture, j’ai trouvé que quelque chose clochait. Quelque chose dans l’ambiance qui régnait autour de nous. Un truc indéfinissable.
Et puis là j’ai compris : le quartier entier était plongé dans le noir. Un noir d’encre.

Un silence religieux recouvrait nos chaumières. Même Babette la chouette fermait son bec.

Nous nous sommes tues devant tant de noir et de silence. Et quand Caro a sorti son trousseau de clés, je lui ai dit, avec un soupçon d’angoisse dans la voix : « Mais comment va-t-on faire pour monter trois étages dans le noir ??? ». Ma sœur, rassurante par son côté pratique m’a répondu : « J’ai une lampe de poche sur mon téléphone ».

Quand on a ouvert la porte, une de nos voisine avait déposé des bougies dans les escaliers, ce qui était très attentionné de sa part et qui plongeait nos appartements dans une ambiance un peu mystérieuse.

Rentrant chez moi, j’ai souffert d’un aspect de ma personnalité qui me joue parfois des mauvais tours : celui de ne jamais avoir à disposition des objets qui s’apparentent à la vie pratique : je n’ai tout simplement pas de lampe de poche.
D’abord, j’ai râlé un peu contre moi-même. Puis j’ai réalisé que, quand bien même j’en posséderais une par miracle, je resterais de toutes façons ce genre de fille qui ne sait pas où elle l’a rangée et qui doit fouiller un tas de tiroirs à l’aveugle et qui réussirait éventuellement à se blesser les mains contre un objet contondant mais certes pas à dénicher cette putain de lampe. M’avisant de cet état de fait, je me relaxai un peu (pour autant que faire de la fumée avec la bouche à l’intérieur d’un appartement puisse apporter un quelconque bénéfice relaxant) et décidai d’ouvrir le clapet de mon téléphone afin de bénéficier de sa douce lumière bleutée.
Penserez-vous que j’en rajoute des couches si je vous disais que sur mon écran apparut le message « batterie faible » ?
« Pas de souci », me dis je « ce ne doit pas être extrêmement compliqué de se brosser les dents sans lumière ».
Sauf que si, un peu quand même. Par exemple pour que le dentifrice atterrisse sur la brosse.

Quand j’ai allumé le robinet, il s’est mis à tourner fou. Il n’y avait pas d’eau non plus.

A ce stade, j’ai émis un râle.

Caro était elle aussi dans sa salle de bains, faisant le même constat que moi.
Je lui parlai à travers la cloison : « Peut-être que si on fait fondre de la neige sur une bougie, on pourra survivre quelques jours ». Elle m’a répondu : « T’es vraiment conne ».
Je crois que le froid la rend agressive.

Je suis allée me coucher.
Que faire d’autre sans électricité, sans chauffage et sans eau ?
J’ai pris mon pc avec allégresse : sa batterie à lui était chargée. Quand tout va mal, il vous reste au moins Facebook. On me retrouverait congelée-déshydratée en train de surfer sur les réseaux sociaux. Belle génération.

Sauf que.

Sauf qu’internet était coupé lui aussi. Evidemment, Madame la Cruche.

Je me suis allongée.
J’ai écouté le silence et j’ai savouré la première nuit sans les sinistres hululements de Babette en sentant mon nez, qui dépassait de ma couette, geler lentement.

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Un p’tit coin de paradis

Par un beau dimanche du mois d’octobre, Stéphanie B. est arrivée dans notre immeuble, dans l’appartement qu’occupait auparavant le barakie, pour ceux qui ont suivi.

Un déménagement, je sais ce que c’est. Ce n’est jamais drôle, surtout quand on doit regarder des hommes musclés porter une machine à laver jusqu’au deuxième étage. Et c’est encore moins drôle quand ils font la gueule parce qu’on se rend compte APRES qu’en fait il n’y a pas d’arrivée d’eau pour placer une machine.

Vu le taux de pénibilité de la tâche, j’ai estimé que cela nous ferait du bien de nous relaxer un peu. Le lendemain, j’ai donc invité Steph à regarder avec moi quelques épisodes de Friends. Mais comme ma télé n’est pas super et que par contre, Caro a un écran plasma géant, on a décidé de s’installer chez elle. Comme je voulais que tout soit parfait, on a fait pivoter sa télé vers son coin chambre, on a réuni tous les coussins que l’on trouvait dans son salon et on s’est installées dans son lit. En appuyant sur play, j’ai soudain eu l’impression qu’il manquait quelque chose à notre bonheur. « C’est vrai » a dit Steph. « Ca manque de chips, je trouve ». Elle avait totalement raison. J’ai pallié à ce manque en débusquant un grand paquet de Ringlinglings dans les placards de ma petite sœur.

Cette fois, nous étions parées.

Le DVD était lancé, les chips étaient bonnes (quoi qu’un peu grasses sur les draps de lit), nous étions merveilleusement installées, quand un sentiment diffus a menacé notre ciel bleu. Il y avait une ombre au tableau : Caro travaillait. Ce qui n’était pas très sympa de sa part alors que nous organisions une si chouette après-midi. On l’a donc appelée, pour le lui reprocher. On lui a dit : « On est dans ton lit, on regarde Friends. Et toi, ça va au boulot ? » Elle a bougonné un peu. Puis elle s’est écriée « Mais tu me parles avec la bouche pleine ?! » « Oui, je mange tes chips », que je lui ai dit. Et là elle a répondu « Non mais ça ne va pas la tête ? Tu crois peut-être que tu peux manger des chips dans mon lit ? Tu vas foutre des miettes partout, je te connais ».

Non mais. Pour qui elle me prend, des fois, pour me dire des choses pareilles ? Comme si je ne savais pas manger des chips proprement.

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Des nouvelles du voisinage (2)

Dans cette douce maisonnée, accrochée aux flancs de la riante vallée de Lustin-plage, vivent des habitants soudés, faisant bloc contre l’adversité.
Tous unis contre Cujo, chien de l’enfer et du chaos qui pourrit nos jours et nos nuits
en hurlant à la lune. Tous unis contre le barakie qui crache sur nos voitures quand il n’est pas content (« Pas conteeeent ») ou qui jette ses mégots de clopes sur les herbes sèches qui recouvrent les garages faisant ainsi démarrer un incendie.

Des perches nous ont été tendues. Le Bourgmestre a reçu mon voisin D. afin de trouver des solutions pour faire taire la bête du Gévaudan. Le propriétaire de nos appartements a compulsé  » La diplomatie pour les nuls » afin d’essayer de faire comprendre à notre ami le barakie que nous aimerions qu’il déguerpisse vers des contrées plus fleuries.

Des solutions se sont concrétisées. Cujo a reçu pour son anniversaire un collier dernier cri (c’est le cas de le dire) qui lance des décharges électriques, et il s’est tu. Le barakie a reçu son avis d’expulsion, et il est parti rejoindre Charleroi, sa terre d’accueil.

Tous rassemblés devant le dernier sac PMC rempli de canettes vides de Carapils que nous aurions à voir, nous avons décidé de fêter le calme auquel nous aspirons depuis si longtemps. On s’est tous réunis dans l’appartement de F. où on a sabré le champagne en criant « Hip hip hip hourra » et en mangeant des cuillères remplies de salade de crabe.

Et pour parfaire ce tableau déjà idyllique, c’est notre amie Stéphanie B. qui emménage dans l’appartement désormais libre. Un appartement qui donne sur un jardin dans lequel se prélasse un chien tout à coup devenu étrangement MUET.

Alors, elle est pas belle, la vie ?!

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Des nouvelles du voisinage (1)

Je vous avais expliqué que ma sœur Caro a la malédiction des voisins.

Je crois savoir que vous pensez que j’exagère, ou que mon penchant paranoïaque prend de l’ampleur. Pour vous prouver que je n’exagère jamais, j’ai dressé une liste non exhaustive mais représentative des problèmes qu’elle a pu rencontrer à cause de cette malédiction.

– Il y a eu Michel, qui faisait écouter Céline Dion à tout le quartier des heures durant et se disputait la nuit avec sa compagne qui portait des talons hauts

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– Il y a eu Miette. (J’ignorais jusqu’alors qu’il s’agissait d’un prénom) qui fumait comme un pompier dans la cage d’escaliers et qui sortait de son appartement chaque fois qu’elle entendait ma sœur passer. Elle l’arrêtait pour l’accuser d’être entrée sans faire de bruit chez elle afin de lui « dérober sa robe de bal et ses chaussures en charbon ». (Je n’invente rien)

– Il y a eu une invasion de chauve-souris dans son appartement. (Sœur a la hantise de ces bestioles – je vous raconterai peut-être un jour cet épisode en détail)

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– Il y a eu le petit Kenny (« Il faut tuer Kenny »), qui lançait ses couches pleines de merde sur le toit de sa verrière.

– Il y a eu Brian , qui hurlait sur son gosse comme un possédé et qui demandait à ma sœur si elle pouvait l’aider parce qu’il souffrait de bipolarité et que, comme elle est psychologue, elle pourrait certainement calmer ses angoisses.

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De mon côté, je n’ai connu que le psychopathe qui me hurlait la nuit dans la cage d’escaliers : « Connasse, sale connasse, t’es qu’une grosse pute », mais ça m’a  amplement suffi.

Le problème, c’est que comme je vis à présent sur le même palier que ma soeur, je subis sa malédiction. Et je peux vous assurer que les hurlements incessants de « Cujo-chien-de-l’-enfer-et-du-chaos » et les inondations sont de véritables parties de plaisir à côté de celui que l’on surnommé « le barakie du dessous ».

Le barakie du dessous aime pleurer et hurler. Il aime pleurer au téléphone pendant la nuit auprès de sa mamie (« Mamie, mamie, j’ai pris de la coke ! T’inquiète pas, mamie, c’est de la bonne, elle vient de Charleroi »). Il aime hurler sur sa tante : « Dégage, pauvre conne ». D’ailleurs, on pense qu’il couche avec sa tante (à moins que cette vieille femme qui fume clope sur clope et qui se coiffe avec un moule à gaufres ne soit sa compagne ?). Il aime téléphoner à sa mamie pour lui dire : « J’ai acheté un flingue, mamie. Un vrai gun, pour exploser la cervelle du voisin ». Il aime aussi pisser pile au milieu de la cuvette des chiottes pour qu’on l’entende bien (ce qui est un moindre mal par rapport au fait qu’il se soit procuré un flingue pour nous dégommer).

Le barakie du dessous, comme tout barakie, remplit ses sacs PMC de canettes de Carapils.

Quand le barakie en est venu aux mains avec un des voisins, ceux d’en face ont porté plainte. La police est venue, avec plusieurs fourgonnettes. Quand je suis arrivée chez moi, il était menotté parce qu’il avait essayé de casser la gueule de « ces saletés de poulets ». Les voisins étaient sortis, ça faisait un peu d’animation dans notre belle campagne, puis les flics ont dû repartir, parce que j’ai entendu dans leur talkie-walkie qu’une maman avait enfermé son bébé dans sa voiture sous la canicule.

Voilà donc un bref petit topo de ce que « la malédiction des voisins » peut provoquer comme inconvénients. Admettez que ce n’est pas du plus reposant.

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Dans ma (riante) vallée

Plusieurs nuits durant, Cujo a hurlé à la mort. (Awouwouwou awouwouwou)

Un peu à bout, j’ai envoyé un message à Caro : « Mode « boulettes de poison » enclenché ? ».

Puis, reconnaissant que je suis un être que le manque de sommeil peut pousser dans ses retranchements, je me suis radoucie. J’ai pensé que lui enlever la vie pouvait paraître disproportionné et, surtout, m’attirer des ennuis. Alors j’ai décidé de lui parler.

La fenêtre était ouverte et il souffrait de la chaleur, allongé dans sa cour trois étages plus bas.

Je l’ai interpellé. Avec une voix douce mais néanmoins ferme : « Cujo, chien de l’enfer et du chaos ».

Il a relevé la tête vers moi, tout comme ses voisins de gauche qui étaient installés sur leur terrasse et me regardaient avec un air interloqué.

« Je vais te demander de bien vouloir fermer ta putain de sale gueule de chien satanique ».

J’ai dit cela avec énormément de douceur (peut-être même avec un soupçon de mièvrerie) car on m’a enseigné que les êtres violents traitent la violence avec indifférence alors que, non habitués à la douceur, celle-ci les déstabilise sensiblement. J’ai même ajouté un « S’il-te-plait, mon bon toutou ».

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Mon ton doucereux a eu l’air de lui plaire car je l’ai vu acquiescer et il s’est immédiatement recouché, signe qu’il m’obéissait au doigt et à l’œil.

Les voisins semblaient eux aussi satisfaits car ils m’ont envoyé des pouces en l’air signifiant vraisemblablement quelque chose comme « Bravo pour votre intervention, personne n’avait jusqu’ici pensé à lui parler gentiment, dans un dialogue constructif et pacifiste comme vous venez de le faire, et le voisinage vous dit d’ores et déjà un tout grand merci ».

La nuit suivante, il s’est tu.

Mais je n’ai pas vraiment pu savourer ma victoire, car d’autres chiens ont pris le relais, plus loin.

Plusieurs chiens.

Je crois que je vis dans le vallée des chiens hurleurs.

Je sens que je vais devoir aller leur parler.

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Sur la cime du toit

Ce jour là, j’avais les synapses en ébullition.

Comme je mets un point d’honneur à les reposer au maximum, j’ai quitté le bureau à midi, non sans avoir omis de donner à mes collègues mon avis sur « qui d’après moi est un Babybel et qui d’après moi serait plutôt un « Vache qui rit » »

Quand je suis arrivée devant la maison, elle était assiégée. Des ouvriers flamands musclés avaient garé de grosses camionnettes sur le trottoir. Ils avaient posé des échelles un peu partout sur la façade pour parvenir au toit et avaient installé des petits plans de travail un peu partout. Ils sciaient des matériaux dans un bruit infernal.

Je les saluai de mon plus doux sourire de biche, celui que je réserve à une gent masculine très particulière. Pas de doute, ils semblaient aux anges. Et moi aussi, parce qu’apparemment le propriétaire avait entendu mes appels désespérés (et vindicatifs) et avait enfin donné l’ordre que l’on s’occupe de mon mini Niagara d’intérieur. (Je sais pertinemment que cette tournure de phrase peut porter à confusion vu l’extrême musculature des ouvriers flamands, mais il n’en n’est rien, je vous parle vraiment de mes fuites d’eau)

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J’entamai courageusement la montée de mes trois étages sans ascenseur. Je m’installai à ma table, me fit griller une petite tartine sur laquelle j’étendis une tranche de gouda d’un jaune mordoré mirifique qui me fit saliver.

Puis il y eut bruit. On marchait sur le toit.

Normal, me direz-vous.

Mais s’il y a bien un truc qui peut m’angoisser, c’est d’imaginer des types sexy marcher  sur un toit incliné à 100 mètres au dessus du sol sans être assurés et, de surcroît, juste au-dessus de ma petite table paisible garnie de tartines rôties.

Je me sentais moyennement bien.

Puis j’ai entendu quelque chose (ou quelqu’un ?) déraper et au même moment, ce quelque chose (ou quelqu’un ?) a entamé une chute libre depuis le toit jusqu’au sol, en passant par ma fenêtre.

En fait, ils balançaient des morceaux de toit par terre.

Mais mon adrénaline a implosé, a fait un tour rapide dans mon organisme, m’a soulevé le cœur et m’a laissé pantelante, ma tartine à la main.

C’en était trop.

Si je restais à demeure l’après-midi, sûr que mes synapses, loin de se reposer, allaient disjoncter et faire de moi un être irritable au plus haut degré.

Je redescendis les trois étages et trouvai refuge chez A., qui me dit : « Oui, passe, je suis justement en train de pêcher le poisson sur ma terrasse » (Il utilisait des Chipitos comme appâts, mais ça, c’est une autre histoire)

 

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Lustin coule-t-il ?

Même si la pluie avait cessé, mon seau continuait à se remplir en goutte à goutte, inexorablement. En fait, l’eau s’était accumulée et formait une poche énorme que mon plâtras avait de plus en plus de mal à retenir.

Pour éviter que ma santé morale ne se dégrade plus encore, Sébastien, qui m’avait vue le lendemain matin, les yeux injectés de sang et les nerfs en pelote, épuisée par une nuit blanche durant laquelle j’avais écouté tomber des milliers de gouttes dans mon seau en plastique depuis le lit que je ne savais plus quitter à cause de mes muscles rouillés, avait lancé une éponge dans le fond du seau, pour atténuer le bruit.

A l’instant où il fit cela, Le-Plus-Beau-Silence-du-Monde-Entier se fit dans ma chambre et, si je n’avais pas été aussi incapable de lever les bras, je me serais jetée dans les siens, emplie de Reconnaissance Éternelle.

J’avais calculé. J’avais à peu près huit heures d’autonomie. Huit heures avant que le seau ne se remplisse à ras-bord et ne déborde.

Huit heures. C’est bien, huit heures. C’est une journée de travail.

Je pouvais partir dans une paix relative. Arriver à la bibliothèque et vivre une journée normale (C’est-à-dire : Ouvrir ma boîte de Spécial K au chocolat, les manger en lisant mes mails et en essayant de ne pas renverser de lait dans mes touches de clavier, continuer les portraits chinois que nous avions commencé à dresser avec mes collègues (« Et toi, si tu étais un fromage, lequel serais-tu ? »), encoder mes heures de récupération dans la grille, faire une recherche internet sur les doudous et les pyjamas, répondre à mes collègues dubitatifs que  » Mais si, je suis un fromage de chèvre aux raisins », faire une pause thé vert pour éliminer les toxines du repas de midi et finalement les entendre dire que « Oui, c’est vrai que tu es un fromage de chèvre aux raisins. C’est original, un rien excentrique et sucré à l’intérieur ») et puis rentrer chez moi, vider le seau, enfiler mes affaires de sport, filer suer sang et eau à la zumba, rentrer chez moi, me dégeler une pizza pour reprendre les calories perdues pendant la zumba, regarder un épisode de « Girls », revider le seau, jeter l’éponge au fond, et puis dormir dormir d’un sommeil profond et sans rêves.

Tout était planifié.

Selon le Plan Magique de l’Existence Parfaite.

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(Ci dessus : mon plafond, cette oeuvre post-moderne aux reflets inquiétants)

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Il pleut dans ma chambre (2)

Caro a déboulé chez moi. Si elle était étonnée de me voir en culotte, debout sur mon meuble, les deux mains agrippées au rebord de la fenêtre, elle n’en n’a rien laissé transparaître. Je lui ai dit, comme pour me justifier : « Il pleut dans ma chambre ». Et elle m’a répondu : « Il pleut dans mon lit ».

On a souri, malgré la situation critique. Parce que nos phrases nous ont évoqué une chanson de Charles Trenet que Père nous a chanté toute notre enfance. Ou disons plutôt que, comme sa connaissance des chansons est toujours limitée, il nous en chantait cette phrase, juste cette phrase, qui sortait d’on ne sait où, et avec laquelle il nous rabâchait les oreilles à longueur de temps. Il faut avoir déjà entendu Père chanter pour pouvoir se faire une idée du taux de pénibilité que cela représente.

Je me suis rendue dans la chambre voisine.

Au plafond, une petite « Henriette la gouttelette » se formait tout doucement. Elle semblait rassembler ses forces et, une fois prête, elle se jetait avec une grande précision sur l’oreiller de ma sœur. Ce jeu semblait beaucoup l’amuser car elle recommençait l’opération encore et encore.

« Toi tu as Henriette la gouttelette, mais moi, j’ai une vraie chute du Niagara à domicile » ai-je décrété, un soupçon d’angoisse dans la voix.

Je suis retournée chez moi. J’ai sorti mon torchon et mon seau et j’ai espongé les rivières, les torrents et les cascades qui dévalaient sur mon mur. Je suis remontée sur le meuble, mon seau à la main, ce qui augmentait encore un peu la difficulté de l’ascension. Je l’ai placé sous la partie du plafond qui coulait. Puis j’ai tenté le saut de l’ange : sauter depuis mon meuble jusqu’à mon lit. C’était un saut sans grâce mais efficace, qui m’a fait prendre à nouveau conscience de la grande douleur qui logeait dans mes muscles.

Je me suis couchée. Bien déterminée à mettre de côté pour la nuit au moins ce problème d’inondations, j’ai fermé les yeux. Normalement, j’excelle au jeu de « on verra bien demain », mais mes yeux se sont rouverts. Et mes oreilles, aussi.

Car elles captaient le « plic » « plic » « plic » régulier des gouttes qui tombaient dans le fond du seau en plastique.

Immédiatement, je sus que la nuit allait être longue.

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Il pleut dans ma chambre (1)

Ce soir là, il a beaucoup plu.

Rien de plus normal, me direz-vous, car je suis belge. Mais même pour un ressortissant du plat pays, il pleuvait trop. Des trombes d’eau. Il pleuvait comme vache qui pisse.

Je venais de rentrer de mon marathon de step (deux heures de step d’affilée sous les directives d’un coach tortionnaire). Les muscles endoloris, shootée aux endorphines et grisée par mon exploit, je m’apprêtais à m’étendre sur ma couche pour une douce nuit bien méritée quand j’ai entendu un bruit. Un bruit que mon cerveau reptilien, conscient d’un danger imminent, a immédiatement qualifié de « suspect ».

On aurait dit qu’il venait de dehors. Mais rien ne me permettait d’affirmer ou d’infirmer cette hypothèse car la fenêtre de ma chambre est placée très en hauteur par rapport au sol.

Le bruit suspect a continué.

Je vous l’ai dit, j’avais les muscles endoloris. J’étais si rouillée que j’avais l’impression d’être le bonhomme de fer dans le magicien d’Oz. Mais ma curiosité était plus forte que ma tétraplégie, c’est pour vous dire.

Pour assouvir ma soif d’en savoir plus et me hisser à la fenêtre, il me fallait retirer la télévision qui se trouve sur le meuble blanc, repousser le meuble contre le mur et l’escalader.

J’ai soulevé la télé dans le but de la poser sur le sol. Mais j’ai sous-évalué le poids du monstre et comme mes bras étaient en mousse, ils ne répondaient pas à mon cerveau. La télé s’est explosée sur le sol.

J’ai poussé le meuble blanc contre la fenêtre, et j’ai tenté « l’Ascension du Meuble Blanc ». On aurait dit une guenon arthritique qui tentait de grimper dans son arbre. Du haut de mon perchoir, j’ai contemplé les ruines de ma télé.

Puis j’ai enfin pu regarder ce qu’il se passait par la fenêtre.

Je m’attendais à voir des ouvriers qui auraient été dépêchés en urgence pour construire une nouvelle Arche de Noé. Une sorte d’Arche version moderne qui abriterait les quelques espèces qui traînent la patte dans les environs de Lustin-plage. Je me suis demandé s’ils allaient embarquer Babette la chouette, Cujo et le Chien-Jaune. J’ai espéré que la réponse soit oui.

Mais quelle ne fût pas ma stupéfaction quand je sentis que mes mains, crispées sur le rebord de la fenêtre afin de m’éviter une chute qui me réserverait le même sort que ma télé, baignaient dans une immense flaque.

C’est seulement à cet instant que je remarquai que de l’eau ruisselait le long de mon mur, en une petite cascade régulière, un petit Niagara pour Playmobil qui se divisait au sol en une multitude de petits ruisseaux et de petites rivières.

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