Fêtarde

Réveillon(s) les morts

La première chose que j’ai faite en 2016, c’est regarder « Mange, prie, aime ».

Obéissant à la première injonction (les deux autres sont trop compliquées pour moi), j’ai vidé un paquet de chips poivre et sel.

Alors, comme dirait Michel Vaillant (mon nouveau mentor depuis que je travaille à la Bédéthèque) : « On dirait bien que l’année démarre sur les chapeaux de roue ». Et c’est vrai. Ce film est un gros navet insupportable, je vous l’accorde. Mais pour les chips, j’ai une excuse : j’ai décidé de faire un mois sans sucre, donc les gâteaux au chocolat étaient prohibés. Aussi, il était important que j’absorbe beaucoup de sel pour compenser toute la sueur perdue sur la piste de danse du réveillon.

mangeprieaime« Délicieuse, cette Danette double chocolat »

Car le réveillon fut épique, comme l’attestent mon teint cireux, ma gueule de bois et mes choix cinématographiques.

Mon ami Laurent, spécialiste en festivités en tous genres et voyant la Saint-Sylvestre approcher à grandes enjambées, m’a donné un conseil que je veillerai dorénavant à mettre en application. Son truc : « ÉTALER la fête, six à huit minutes de grosse guinche dépravée et intense PAR JOUR, toute l’année, de façon à la rendre à la fois homéopathique et digeste. Prévoir des serpentins de poche. »

D’ailleurs, d’après mes calculs, les huit minutes recommandées sont largement excessives. Une minute de fête par jour couvrirait largement un réveillon digne de ce nom.

Je commencerai donc demain. Je mettrai un chapeau pointu, je soufflerai dans un mirliton et, sur un pas de danse à la John Travolta, je lancerai une poignée de confettis en hurlant « Bonne année 2017 » (Augusta passera l’aspirateur).

Cette méthode me semble plus appropriée que celle de passer une nuit entière de dépravation, parce que c’est vrai, quoi, je sens bien que j’ai un peu passé l’âge pour ce genre de conneries. « On n’a plus vingt ans, ma p’tite dame »

Bon allez, nous vous souhaitons une excellente année 2016, riante et chaleureuse.

réveillon de nouvel an - Nathalie Sacré

PS : Un peu de lecture pour ceux qui voudraient se faire un avis objectif sur le film. L’article s’appelle « Mange, prie, aime, mais ferme ta gueule ! ».

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On est vieilles. (Et fatiguées)

Le vendredi soir des fêtes de Wallonie, Adèle envoie un message : « Vous êtes en ville, les sœurs ?! ». Un peu gênée, je tente un « Non, pas vraiment » laconique. Adèle s’insurge : « Mais ce n’est pas du tout normal ! ». Elle trouve que le monde a basculé sur son axe. Et elle est loin de se douter à quel point.

Dix minutes plus tard, Mel-Bichon appelle : « On descend en ville se jeter quelques petits peckets ? ». Le cœur en peine, je me sens obligée de modérer ses ardeurs festives en lui faisant un rapide compte-rendu de ma situation : « Je ne peux pas, Mel. Je suis en pyjama ». Et Dieu sait que quand on a enfilé son pyjama, c’est que la situation est irréversible. On n’a plus le courage de ré enfiler un jean et un pull, il est trop tard, on a les pieds bien au chaud dans des chaussettes mauves en pilou. « Et puis je suis sous ma couette, avec mon ordi sur les genoux. Je surfe sur « Adopte un mec point com ». En plus, j’ai mangé plein de galettes au chocolat et j’ai super mal au ventre ».

« On est vieilles », me dit Mélanie. « On est des petites joueuses. Avant, on était rock and roll, on s’enfilait des mètres de pecket, on dansait sur les tables jusqu’aux aurores et on rentrait en titubant. Tu te souviens de la fois où tu as vomi dans ta baignoire ? » (elle invente).

« Ceci dit, ajoute-t’elle, je te propose de sortir, mais en fait je suis laminée de fatigue, je dois ramasser le vomi du chat et je n’ai pas encore vu le dernier épisode des princes de l’amour. Pour bien faire, il faudrait que j’aille dormir tôt et bon, il est déjà 21 heures, après tout. »

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Radio Chevauchoir.

Alors voilà. Nous étions avec quelques irréductibles amis chez ma soeur pour célébrer son arrivée dans cette contrée sauvage et reculée qu’est Arbre (nom de village certainement donné sur base de ce que l’on trouve le plus au kilomètre carré). Nous avions bien mangé, nous étions repus (repussés) et, pour bien digérer, nous avons regardé quelques vieux strip-tease sur le net. (je parle de l’émission, hein), dont le fabuleux reportage dédié à Radio Chevauchoir.

Amis français qui êtes nombreux à hanter les pages numériques de ce blog, si Radio Chevauchoir représente un gouffre béant dans votre culture pourtant impressionnante de belgitude, vous êtes obligés de regarder le reportage afin de vous faire une idée de ce dont nous allons discuter aujourd’hui. C’est là et je suis certaine que ça vous plaira. Sachez qu’il n’y a pas que les frites, les gaufres, le chocolat et l’Atomium en Belgique. Il y a aussi moyen de vagabonder sur de bonnes ondes.

Mais revenons à nos chevaux.

J., grand explorateur dans l’âme, s’est mis en tête de se rendre sur les lieux. En reportage, en pèlerinage. Ce que nous avons fait aussitôt.

Et, puisque je vous parlais de belgitude, il pleuvait des hallebardes sur la station radio-essence de la bourgade. Il y avait un château gonflable vide, et une pêche aux canards fréquentée par un seul enfant. Ces éléments rassemblés nous ont mis la puce à l’oreille : ça fleurait bon les festivités. Nous avons un peu inspecté les lieux, pris quelques photos. Puis mes oreilles de lynx ont capté un air de musique, que nous avons suivi sur le champ pour atterrir à notre grande surprise dans un immense hangar rempli de monde. Un chanteur s’emballait sur une scène, une fan à ses pieds le prenait en photo, des hommes et des femmes valsaient, d’autres pintaient au bar ou installés à de grandes tables en bois. Ce spectacle nous a ravis, donc nous sommes un peu restés, nous avons sympathisé avec deux personnes qui nous ont appris que nous arrivions pile poil à la fête des 30 ans de la radio. Si ça n’est pas un hasard miraculeux je ne sais pas ce que c’est.

C’est donc comme cela, au grand hasard de la vie, que nous sommes arrivés dans la dix-huitième dimension : à la rave-party de Radio Chevauchoir.

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Si vous voulez voir cela en images, visualisez ce reportage. Vous allez nous jalouser, je pense.

Même si on a raté le bingo.

Fêtarde

Les lendemains chantants (fin)

J’arrive dans la cuisine. Augusta, Dudulle et Raoul ont préparé un petit déjeuner du
tonnerre et sont installés à table. Je peux presque, grâce aux têtes qu’ils tirent en me voyant surgir, voir mon propre visage zombiesque. Comme dans une sorte de miroir subjectif. Il ne m’en faut pas plus. Un regard dans un vrai miroir me ferait à coup sûr défaillir et imprimerait en moi une honte éternelle de plus dont je me passe bien. Je m’assieds à leurs côtés. Je sens au silence qui règne qu’ils me jugent.

Augusta décide de me venir en aide. Elle vide la pharmacopée.

Elle me remplit une grande bouteille d’eau. Elle dit que je dois tout boire. Que je dois hydrater mon cerveau. Raoul ricane, j’ignore pourquoi. Le mieux est de l’ignorer.

J’ai chaud, j’ai froid. Le sol semble se dérober sous moi.

Augusta me fait couler un bain. Elle dit que je dois me laisser infuser là-dedans, ce que
je fais. Je pourrais vous raconter que j’ai vomi dans ma baignoire mais cela
enfreindrait les limites de ce qui est racontable sur le net, alors je ne le ferai pas.

Catherine m’a invitée à manger chez elle ce midi. Je me dis que ça me changera les idées d’y aller, que ce n’est pas parce que les rues se tordent étrangement que je dois
renoncer aux projets de ma journée. Dans la rue, le moindre stimulus extérieur semble intimer à mon estomac de se retourner comme un gant. Des étudiants s’exclament « On mangerait bien un spaghetti carbonara ». Un camion de poubelles, laissant dans son sillage des odeurs pestilentielles me double. J’arrive chez mon amie. Ma filleule, loin de semer de petites crottes rondes et sèches de lapin dans son lange décide de nous offrir une bouse de vache. Mon estomac tient le choc.

Nous nous attablons toutes les trois. Je sors mon paquet de biscottes devant leurs yeux
ébahis. Je mâchouille ma biscotte d’un air si misérable que Salomé décide de me venir en aide en la mangeant à ma place. Catherine pense que si je ne mange rien, c’est que quelque chose de très grave m’est arrivé, limite inquiétant. Je tente d’apaiser ses inquiétudes : je suis très malade aujourd’hui, chère Catherine. Ça ira mieux demain.

Enfin je l’espère.

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Nuit d’ivresse

(Les plus cultivés et/ou les moins avinés reconnaîtront dans ce titre un double hommage, tant au film de Bernard Nauer qu’à la chanson des Rita Mitsouko)

Namur est une petite ville tranquille (« très tranquille », diront certains, « morte », diront même d’autres, assez réalistes). Emplie de bourgeois coincés du foufouillon.

 

Mais quatre jours par an, cette ville, à l’occasion des fêtes de Wallonie, sort de sa léthargie et tous ses habitants se transforment en monstres. Si vous vous demandez encore ce qu’est exactement la Wallonie (sujet brûlant s’il en est), ne cherchez plus. Tout simplement parce qu’il n’y a pas (ou plus) de réponse. Elle est un prétexte. Un prétexte à beaucoup de choses. Et notamment à l’ivresse des masses. Tout ce qui est généralement prohibé, comme se promener nuitamment nue avec des plumes dans le derrière, mettre sa main aux fesses des beaux bruns qui passent, chanter à tue-tête des chants paillards sous les fenêtres de ses voisins, boire jusqu’à ne plus se souvenir de son prénom (Est-ce que je m’appelle Jeannine ou bien Thérèse ?), etc etc se retrouve soudain non seulement autorisé mais encouragé.

C’est donc dans cette ambiance « fin de l’Humanité » que baigne la ville en ce moment.

Cette année, ne nous leurrons pas, je suis vieille. Vieille et fatiguée. Cette année je décide de participer de loin à ces festivités. Cette année je suis Bobette. Je bois du Spriiit et je rentre tôt, je suis la personne sobre sur qui on peut compter pour rentrer en voiture en toute sécurité. (AH AH je vous ai eus un instant ! Avouez que vous avez cru que j’ai enfin mon permis. Hors il n’en est rien, rassurez-vous, je l’ai encore raté. Si je dis des choses pareilles c’est que mon déni est encore puissant)

Hier nuit, ma sœur Adèle me rejoint avec tous ses amis. Et j’aime autant vous dire que la Pologne est un enfant de chœur à côté d’eux. J’essaye de limiter les dégâts en leur expliquant les ravages que peut provoquer l’alcool, mais il est trop tard, on ne peut plus rien faire pour eux.

Le lendemain matin (dois-je préciser que je me levais à 6h30 pour aller sagement bosser), je reçois un énigmatique message de Mère : « Alors comment va ta tête ? Tu veux des aspirines ? AH AH AH ». Plus tard je croise ma plus jeune sœur qui s’exclame « Il paraît que tu as saoulé Adèle ? La classe ! ».

Ah c’est donc ça ! Elle a raconté partout que je l’avais enivrée alors qu’elle se débrouillait très bien toute seule et que, dois-je le rappeler encore une fois, j’étais à l’eau plate ? Je trouve ça mesquin de sa part. Mesquin et lâche. Maintenant une étrange réputation commence à me suivre, me colle déjà à la peau. Une réputation qui, cela va sans dire, ne me correspond nullement.

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Petit bonus  :

Quelques dessins trouvés dans mes tiroirs.

On va penser que je suis obsédée par le sujet, or il n’en est rien car les deux premières images ne sont autres que des exercices faits au cours d’illustration. La consigne était la suivante : « Dessinez un chat et un hibou qui picolent ». (oui je sais, mon professeur, Kitty Crowther, est bien bizarre)

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