Diététicienne

Bouge ton boule

« Etre au régime, ce n’est pas une mince affaire« , ai-je déclaré à mes collègues ce matin dans un éclair au chocolat de lucidité.

Cette phrase, on peut le dire, est une sorte de fulgurance.

« Oui oui, je suis en pleine crise d’inspiration »

Ce qui n’est pas simple, c’est que c’est une question de mathématique et de bon sens : il faut éliminer plus de calories que ce que l’on en ingurgite. CQFD.

Mais dans mon cas, je devrais faire trois triathlons par semaine et un marathon chaque weekend pour parvenir à un équilibre satisfaisant.

Impossible ?

OUI.

Car cela demande du temps. Et du temps, bien entendu, je n’en n’ai pas.

Ce n’est donc pas le courage ou les capacités qui me manquent, mon amour pour le sport étant de notoriété publique.

« Allez Ginette, on sort le turban en mousse »

Si je n’ai certes pas assez de temps pour embrasser une carrière de coureuse d’extratrail, je peux tout de même me mettre en mouvement.

C’est toujours ça de pris, c’est bon pour le cœur, c’est bon « pour ce que j’ai » et, comme le disait la Compagnie Créole : « C’est bon pour le moral ».

J’ai donc enfilé mes baskets, direction le halage. Et hop hop hop, je me suis mise à courir telle un cabri (ou telle une antilope, c’est comme vous voudrez). Traduisez : avec grâce et assurance.

Je sais que je suis faite pour le sport. C’est génétique. Mes parents sont sportifs. Et puis, quand j’étais adolescente, j’étais la baby-sitter des enfants Borlée. Ca compte, ça, non ?!

Allez hop, go to the ligne d’arrivée.

« J’aime bien quand les Romains m’applaudissent »

Diététicienne

Je grossis

Je grossis.

A vue d’œil.

Comme un soufflé au fromage. Ou comme le bonhomme Michelin, mais sans les rainures.

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« Micheline ? Oui, c’est moi »

J’ai décidé que cela ne pouvait plus durer. Qu’il était temps de me reprendre en main.

Je me suis rendue chez une nutritionniste.

« Apprête-toi à souffrir, chérie »

Elle m’a pesée.

Sa balance affichait au moins trois kilos supplémentaires par rapport à la mienne. Tricherie éhontée.

Elle s’est penchée pour regarder le chiffre (astronomique) et a déclaré, tout en regardant ses petits graphiques d’IMC : « Vous êtes obèse ».

Et là, je dois bien avouer que ça ne m’a pas plu. Pas plu du tout.

« Je suis seulement enrobée »

Ensuite, elle m’a mesurée d’un peu partout. Même du poignet.

Comme j’étais un rien nerveuse, j’ai tenté un peu d’humour en disant que je serais très heureuse de perdre des poignets.

C’est fou ce que mon humour peut être incompris, parfois, parce qu’elle m’a répondu que c’était pour se faire une idée de ma densité osseuse. Alors là, je n’ai pas lâché l’affaire (apparemment je tenais vraiment à me donner en spectacle) et je lui ai dit : « Je sais que si je pèse autant, c’est parce que j’ai de gros os ».

Là, il a régné un silence vaguement humiliant.

J’ai su que ma nutritionniste n’était pas réceptive à mon humour.

« C’était pourtant très très comique, Monique »

Après, elle m’a tendu mon régime alimentaire.

Il fallait cocher les cases avec ce que l’on mangeait. il y avait une colonne supplémentaire en bas : « Dans cette colonne là, vous notez ce que vous avez mangé en plus. Les excès. Par exemple, si vous mangez deux noisettes, vous les notez ici ».

« Chiche que j’en mange deux et demies »

Oui, elle a vraiment donné l’exemple de DEUX NOISETTES.

Comment lui dire ?

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, si je suis si obèse enveloppée, c’est que je suis capable d’engloutir neuf Dinosaures russes pour le dessert.

 

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Le père, la mère, la fille, et même le gros bébé joufflu, ils peuvent tous tomber dans le gouffre sans fond qu’est mon estomac.

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« Je crois qu’on va servir d’en-cas à Nathaliochka »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, les choux à la crème de la Maison des desserts, je peux m’en sniffer des rails entiers avec mon amie Pascale.

« C’est chou d’être aussi bon »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, je ressemble à ça quand je suis seule le soir dans ma cuisine (sauf que je n’ai pas une coupe de cheveux aussi merdique).

1148672272_small« A fond la nutrition »

Alors, vois-tu, tes deux noisettes en excès, elles me font vraiment RIRE.

Elles me font me plier en quatre.

Elles me font me tordre en deux.

« Véridique »

Bref, vous l’aurez compris, je suis sortie de chez la nutritionniste hilare.

Et obèse.

grossbouffe« Grosse Bouffe a faim »

Diététicienne

A Amsterdam

Quand ma sœur Adèle était petite, chaque jour à la sortie de l’école maternelle, nous lui demandions ce qu’elle avait fait la journée et, chaque jour, elle nous répondait sur un ton laconique et un brin supérieur : « J’ai peintulé » (genre : lâchez-moi les baskets avec vos questions, cela ne vous regarde pas et, de toute manière, vous ne pouvez pas comprendre).

Du coup, dans la famille, le verbe « peintuler » est devenu célèbre.

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(Yasmeen Ismaïl) – Je peintule

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(Louis Untermeyer) – Je peintule aussi

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Cette année, en septembre, je me suis inscrite à l’Académie, en section peinture. Une nouvelle aventure pour moi.

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(J’en profite pour vous présenter « brumes », ma première toile)

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Enfin, tout cela pour vous dire qu’hier, avec Mère (qui use aussi ses pinceaux (cliquez ICI) nous sommes parties en excursion à Amsterdam avec le cours de peinture.

Au programme : LE Maître des Maîtres, j’ai nommé : Rembrandt.

rembrandt« Rembrandt ?! Oui, c’est moi »

Avant de nous rendre chez José (Merde, c’est quoi encore, le prénom de Rembrandt ? Robert ? James ? Wim ?), nous avion le temps de nous promener un peu dans la ville, de déambuler parmi les canaux et la marijuana en vente libre.

canaux

marijuana

A peine avions-nous entamé notre visite de la ville que je remarquai un phénomène étrange : à chaque endroit où je posais le regard se trouvait DU GOUDA. Du gouda sous toutes ses formes (des roues de gouda, des goudas en tranches, des pointes de gouda) et sous toutes ses couleurs (du gouda aux orties, au paprika, au chili, à la noix de coco (là, pour le coup, je me sens moins prête psychologiquement)).

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Vous connaissez mon amour pour le gouda.

Il est tel que mes amis m’ont surnommée « Madame gouda » (« Et comment va Madame Gouda, aujourd’hui ? ») car j’en mange tous les jours depuis plus de vingt ans sans jamais rencontrer la moindre once de lassitude.

LE GOUDA C’EST LA VIE.

Et soudainement, je me retrouvais propulsée au milieu d’un peuple qui a bien compris ce précepte et qui en a fait son crédo.

UN PARADIS.

Mère, voyant que j’hyperventilais, m’a invitée à rentrer dans l’une de ses boutiques, où le gouda, Roi des Rois, est présenté comme un produit de luxe. Et c’est là que nous avons mangé une quiche au gouda et au jambon, parmi les étagères remplies de milliers de goudas scintillants.

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Ensuite, je me suis acheté un fromage, pour revenir d’Amsterdam avec un petit souvenir. Là, j’ai pu étaler mes grands talents pour le bilinguisme.

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La vendeuse a précautionneusement recouvert mon fromage d’un joli ruban doré, puis elle l’a emballé dans son écrin : un joli sac pour le transporter.

sac-goudamusee-du-gouda(Le Musée du gouda ? Ce sera pour une prochaine fois. Là, je dois rendre visite à Raoul Rembrandt)

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Vous vous dites certainement que cet article est non seulement inintéressant, mais qu’en plus, il dévoile les intérêts d’un être qui possède un système interne de pondération des valeurs largement défectueux. Cette fille se rend à Amsterdam, dans la maison où a vécu Jean-Claude Rembrandt et dans laquelle il a peint les plus grands chefs d’œuvre de la peinture (qu’elle peut mirer à sa guise) et tout ce qu’elle retient de sa journée, c’est qu’il y a du gouda a chaque coin de rue.

Je vous répondrai deux choses :

D’abord je citerai France Gall qui a dit (deux points, ouvrez les guillemets) : « Le gouda, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ».

Et enfin, je vous déclarerai que, quand on sait que la question que se posait ma prof de peinture lors de la visite de la chambre de Rembrandt c’était « Tu penses qu’ils ont changé les draps du lit ? » en appuyant discrètement un doigt sur les couvertures, il ne faut plus s’étonner de rien.

Moi, je dis ça, je ne dis rien.

rembrandt-2« Sur ma liste de courses j’ai noté du gouda. Signé : Auguste Rembrandt »

Diététicienne

Je ne pèse personne

Hier matin, je me suis pesée, juste histoire de vérifier si ma récente rechute lors de ma cure de désintoxication aux Dinosaurus avait fait ou non basculer l’aiguille dans la zone critique (red zone).

Comme j’avais laissé traîner ma balance au milieu du salon, j’ai trébuché dedans.

Ma sœur était installée dans mon canapé et elle m’expliquait à quel point sa collègue danse bizarrement lorsqu’elle m’a vue faire ce vol plané spectaculaire avec demi-tour sur moi-même.

Cette figure libre improvisée m’a propulsée contre le pied de ma lampe halogène, qui a basculé sur mon bureau, faisant choir mon pot de marqueurs sur ma tasse d’eau de rinçage des pinceaux, qui s’est vidée sur mon imprimante.

Tout cela pour vous dire que je ne me pèserai plus.

C’est bien trop risqué.

Diététicienne

Make a Wich-wach

Parce que cela pourrait très bien être considéré comme un secret honteux, je ne vous avais pas encore annoncé que je me suis inscrite chez Wich-wach il y a deux mois environ.

Vous ne connaissez pas Wich-wach ???

Mais si ! Il s’agit de l’équivalent des AA, mais pour « les personnes en surpoids » (traduisez les grosses et les obèses). Weight Watchers, si vous préférez. Mais c’est vachement difficile à prononcer.

Wich-Wach, c’est un peu comme une secte dans laquelle on vous endoctrine à coups de fruits et légumes. Une petite société qui a ses règles et ses codes. Un microcosme.

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« Navet vous pas honte d’être aussi enrobée ? »

Parmi ces rouages, il y a le système de récompense (qui fonctionne fortement avec moi vous l’aurez compris, vous qui me connaissez de longue date).

Et parmi ces récompenses il y a l’étoile.

« Patrick l’étoile de mer, va me chercher des glaces, veux-tu. »

Je dirais en résumé, et pour palier aux lacunes des non initiés, que chaque fois que l’on perd trois kilos, on reçoit une étoile.

Les autres participantes n’applaudissent pas quand on reçoit une étoile, ce que je déplore. Mais elles sont très enthousiastes, voire très jalouses. Puisqu’il s’agit d’un milieu féminin (les hommes ne sont ni gros, ni obèses, ils sont juste costauds, traduisez par « puissants et virils »), les autres femmes te disent « Waw, c’est génial, quelle chance, tu as perdu trois kilos ! », mais en réalité tu sais qu’elles pensent « Quelle pouffiasse celle-là, je suis sûre qu’elle vire anorexique » et ça, c’est trop cool.

Toujours est-il que la semaine passée, j’ai cru que j’aurais mon étoile.

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Mais la bénévole qui s’occupe de la pesée (je suis au regret de vous dire que cela s’intitule vraiment ainsi) a chicané. Elle a regardé ma fiche et elle a dit, devant tout le monde : « Ah non, hein. Elle doit encore perdre 300 grammes ». J’ai donc répondu du tac au tac, sans me laisser abattre ni impressionner ni humilier que je la décrocherais la semaine prochaine.

Une gagnante, je suis. Une battante. Une warrior de la perte de poids.

En rentrant chez moi, j’ai mangé un gâteau pour me donner du courage.

Ma sœur Mathilde m’a dit qu’elle me trouvait incohérente. Je lui ai répliqué, la bouche pleine de pépites de chocolat : « Je revendique mon droit à l’incohérence ». C’est la phrase d’un grand Philosophe que j’aime beaucoup et que je ressers souvent car elle m’est très utile.

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Mais le problème, c’est que la semaine prochaine, c’est jeudi, jour de la pesée. C’est fou ce que ça passe vite, une semaine.

C’est pour cette raison que j’observe mon bac de glace Fermette à la vanille du coin de l’œil sans en manger une seule cuillerée.

C’est que j’ai de l’amour propre, moi, Madame.

Et le sens du challenge.

Diététicienne

Ma première nuit dans mon nouvel appartement

Il y a eu la première nuit dans mon nouvel appartement.

C’est toujours un événement particulier, la première nuit dans un nouvel appartement.

On découvre de nouveaux bruits.

Le frigo qui ronronne.

Babette la chouette qui hulule si sinistrement qu’on aurait envie de lui jeter une pierre pour mettre fin à ses peines, par pur altruisme.

Henriette la gouttelette qui tombe de la corniche avec une régularité qui mettrait les nerfs du Dalaï Lama à rude épreuve.

J’ai dormi.

Un peu.

Très peu.

Trop peu.

Mais très décidée à ne pas céder l’avantage à Babette et Henriette, je comptais sur une délicieuse grasse matinée pour rattraper les heures creuses de cette minuscule première nuit.

C’est alors que ma sœur entra dans ma chambre, franc battant.

Un regard inquiet vers mon réveil m’annonça qu’il était sept heures. Un dimanche matin.

Elle tenait un papier dans la main.

Elle s’approcha de mon lit à une vitesse fulgurante, se planta devant en annonçant : « On commence un régime aujourd’hui. Voilà ta feuille de route« . Et elle me tendit un papier rose sur lequel elle avait écrit tout ce que j’avais le droit de manger, et à quelle période de la journée.

Non contente de son effet, elle m’intima de me lever, afin de procéder à ma pesée.

Une fois qu’elle eut noté un nombre angoissant dans un carnet, elle commença à prendre des mesures de mon ventre, mes bras, mes cuisses.

C’est comme ça que je me retrouvai, un dimanche matin, plantée en culotte au milieu de mon salon, à me faire entourer d’un mètre ruban glacé, tenant une bien triste feuille rose en main.

C’est là que je pensai « La malédiction des voisins s’est étendue jusqu’à moi« .

Mais je n’osai en toucher un mot à la voisine en question.

Car il s’agit tout de même de ma sœur, voyez-vous.