Amie fidèle

Genèse d’une rencontre (par Augusta)

Mon être humaine a été jeune. Oui, je sais, vous vous dites « Trente ans ça l’est toujours, quand-même », et ce n’est pas moi, du haut de mes 423 années célestes, qui vais vous contrarier. Ce que je voulais dire, c’est que mon être humaine a été « plus jeune que maintenant ». Elle a été adolescente. Elle a eu les cheveux longs, a traîné en sandales et robes longues à fleurs dans les couloirs de l’école. Elle a eu le nez percé, elle a dit « Fuck » et aussi « C’est d’enfer ».

Et, quand elle était adolescente, Nathaliochka s’est prise de passion pour le théâtre. Au point même qu’elle suivait une option scolaire qui la préparait aux planches plutôt qu’aux maths ou à la chimie. C’est dans ce conservatoire qu’il y eut, lors d’une rentrée scolaire, l’arrivée fracassante de « la nouvelle prof de déclamation ». Smal de son nom. Geneviève de son prénom. Cette dernière réussit d’entrée de jeu cet exploit : faire taire ses trois élèves et transformer leur verbiage incessant en mâchoires tombantes, accompagnant fort joliment leur « têtes de poissons hors de l’eau ». Tant ses méthodes innovantes désarçonnèrent mon être humaine et ses deux comparses.

Car surprenante elle était, balayant tout sur son passage. Inédite, sarcastique, dynamique, décoiffante. Et excellente. Une bourrasque.

Si Nathaliochka a incarné « André des PMC » et inventé une chanson sur le tri sélectif des poubelles affublée d’un sac en plastique bleu, c’est grâce à Geneviève. Si elle sait bien imiter la crevette rose au fond des océans, c’est grâce à Geneviève. Et si elle ressent de l’intérieur le vécu d’un porte-manteau, c’est encore grâce à Geneviève.

Vous l’aurez donc compris, ce professeur fut déterminant dans la façon dont l’esprit de Nathaliochka s’est forgé. Loin de moi l’envie de disculper Nathaliochka et de faire porter cette lourde responsabilité à Geneviève. Je dirais, pour être plus nuancée, qu’il s’est agit là de la rencontre de deux âmes frapadingues.